Grand Conseil

1991 - 2008, une page se tourne, par Charly Haenni, député.

Le vendredi 7 novembre 2008, j'ai participé à ma dernière séance du Grand Conseil. Ainsi se tourne une importante page de ma vie politique.

On dit que la qualité d'un élu se mesure à ses réalisations au terme de son mandat plutôt qu'aux promesses de campagne électorale. Je n'aurai pas l'outrecuidance de qualifier mon engagement. Je dirai simplement que j'ai toujours essayé de faire ce qui me semblait le plus juste et d'apporter une contribution au débat.

A 52 ans, je peux faire valoir 30 années d'engagement public. J'ai commencé en février 1978 au conseil communal de Vesin et je termine en novembre 2008 après 18 années d'exécutif communal dont 14 en qualité de syndic et 17 ans de législatif cantonal

Durant ce bail au Grand Conseil, j'ai beaucoup appris de la vie politique. Ce cénacle nous permet de grandir, de se frotter au débat, de développer l'humilité mais aussi de côtoyer en amis des ennemis politiques. Oui, une société libre, c'est une société dans laquelle on a le droit d'être en profond désaccord les uns avec les autres sans pour autant cesser de cohabiter ensemble.
L'étalage des 130, puis 110 personnalités différentes, des plus de 40 métiers représentés sont, au fil des ans, une source intarissable de liens, de relations humaines et aussi d'amitiés. Les fonctions de député, de président du Grand Conseil et de président du parti cantonal permettent aussi de rencontrer une "foultitude" de personnes dont il restera des traces indélébiles. C'est certainement aussi pour cela que j'ai beaucoup aimé ce service à la cité.

Aujourd'hui, je ressens clairement le besoin de tourner une page, d'entreprendre d'autres choses et d'assouvir différemment ma soif d'apprendre. L'engagement politique est astreignant et fait que l'on s'oublie un peu soi-même. Je quitte la fonction en étant "politiquement" actif, ainsi je respecte le contrat de confiance avec les électeurs broyards, qui m'ont accordé leurs suffrages, en masse, à quatre reprises. Je préfère d'ailleurs l'adage qui dit " c'est dommage qu'il parte plutôt que c'est le moment qu'il s'en aille". Après avoir "tiré un parti", je veux "tirer partie" de cette nouvelle étape de vie qui s'annonce devant moi.

Dans l'analyse de situation et de remise en question que j'ai pu faire, à tête reposée, entre les élections fédérales d'octobre 2007 et la remise de mon mandat de président cantonal en avril 2008, j'ai mis, dans la balance, les perspectives qui s'ouvraient à moi. Je ne suis pas ambitieux de nature, mais je suis de l'avis qu'une saine ambition est nécessaire en politique, elle sert de carburant. J'en ai déduit, compte tenu du contexte, qu'il valait mieux consacrer mes forces à d'autres engagements, à commencer par l'activité professionnelle toujours plus astreignante.

Mais comme l'envie de servir est toujours bien présente et l'expérience aidant, j'ai d'ores et déjà accepté quelques mandats. L'organisation d'un départ du Tour de Romandie à Estavayer-le-lac en 2009 en collaboration avec la Commune, la gestion des bénévoles lors de la Schubertiade d'Espace 2 qui se tient aussi en 2009 à Payerne, la présidence du Rotary-Club de la Broye dès le mois de juin prochain ainsi que la présidence du 100ème anniversaire de l'Association fribourgeoise de football en 2010 et un coup de main pour le sponsoring du Giron de Jeunesse 2010 de Vesin-Montet.
Donc, il y aura une vie après la députation, mais je sais qu'elle ne sera pas tout à fait la même et cela me titille et m'interpelle à la fois. Moi qui adore les BD et tout particulièrement Lucky Luke, je puis vous confirmer que je ne serai pas "a poor lonesome ancien député".

Pour terminer ce propos, je souhaite, du fonds du coeur, le meilleur à mon successeur et première des viennent ensuite, Mme Nadia Savary. Je puis vous assurer que la relève est assurée, il y a d'excellents gènes politiques dans le quartier de Grandvaux à Vesin.

Merci à toutes celles et ceux qui m'ont fait confiance tout au long de ce chemin de vie politique.
 

1991 - 2008, qu'est-ce qui a changé au Grand Conseil ?

Ces derniers temps, on me pose souvent la question, qu'est-ce qui a changé au cours de ces années? Je fais bien sûr abstraction de la modification de la périodicité et la réduction du nombre de députés de 130 à 110. La réponse est évidente, c'est la charge de travail du député ou plutôt la surcharge de travail, cette fonction étant, pour la plupart des élus, cumulée à une activité professionnelle. Le mandat est devenu plus exigeant, il demande davantage de préparation et la masse d'informations à disposition a explosé. J'ose dire qu'il deviendra toujours plus complexe de mener une double vie "professionnelle et politique". A relever que la mise en oeuvre de la nouvelle Constitution a substantiellement contribué à l'augmentation du volume des projets traités.


Deuxième changement, nous assistons clairement à une fragilisation du législatif au détriment de l'exécutif, autrement dit à une érosion du pouvoir législatif. La multiplication des collaborations intercantonales et la nouvelle répartition des tâches Confédération-Cantons (RPT) qui ouvre de nouveaux domaines de collaborations obligent les exécutifs cantonaux à collaborer toujours davantage. Et il n'est pas possible, sous la forme actuelle, d'intégrer les parlements cantonaux, sans nuire à l'efficacité. Les Grands Conseils cherchent mille et un moyens, depuis des années, pour limiter la casse, mais sans grand succès à ce jour.
On constate que le rôle du député se limite de plus en plus à amender les projets de lois, rôle qui s'amenuise encore lorsqu'on touche à des accords intercantonaux. Pour avoir participé à de nombreuses commissions interparlementaires, il faut admettre que la tâche n'est pas aisée, la première difficulté commence souvent avec l'organisation des débats.

Troisième changement à relever, aujourd'hui, les députés deviennent davantage spécialistes que généralistes, ils préparent de ce fait la plupart de leurs interventions. Les joutes oratoires, parfois hautes en couleurs, auxquelles j'assistais à mes débuts se sont faites plus rares.

Quatrième changement, nous subissons la nationalisation de la politique. De pus en plus, tous les principaux thèmes sont portés sur la place fédérale, sécurité sociale, formation, sécurité, emplois et j'en passe. Régulièrement, au niveau des parlements cantonaux, nous n'avons plus qu'à nous adapter à telle ou telle législation fédérale. Et dans le prolongement, nous assistons à une peopolisation du politique où une poignée de politiciens devenus des "bons produits audio-visuels" devraient désormais tout savoir sur tout ou pour le moins, avoir un avis.

 

Trois pistes à explorer

Quelles solutions envisager pour l'avenir ? Je lance trois pistes à explorer. Tout d'abord créer un parlement romand de 42 membres, 7 par canton, qui serait un répondant direct aux gouvernements cantonaux et aux nombreuses conférences intercantonales. Ce parlement devrait être l'émanation des Grands Conseils. A noter que le futur projet de loi sur les conventions intercantonales est déjà un premier pas dans l'amélioration de l'intégration des parlements dans les affaires extérieures.

Deuxième axe, il faut reprendre l'idée des commissions thématiques permanentes. J'étais de ceux qui ont forcé le parlement à faire marche arrière lorsque nous avons introduit de telles commissions. J'avais tort. L'avenir nous contraindra à reprendre ce principe des commissions thématiques, une par direction. Le travail s'inscrit ainsi davantage dans la durée et de manière plus régulière. C'est le parlement qui fixe la cadence et non le gouvernement. Et les projets doivent être prêts pour les séances régulières, ce qui faciliterait l'organisation du travail des députés et du secrétariat. Certes, on prend le risque de perdre la représentation régionale pour certains objets, mais le travail dans les séances des groupes parlementaires permet de corriger cet éventuel défaut. Nous pouvons d'ailleurs prendre exemple sur les commissions parlementaires permanentes.

Troisième axe, c'est le développement des nouvelles technologies. J'ose espérer que lors de la prochaine législature, chaque député aura accès à toute la documentation relative aux sessions, par le biais d'un système Intranet.

L'augmentation de la charge de travail du député mais surtout l'évolution du nombre de collaborations intercantonales favoriseront ces changements. Mais il faut savoir que les parlements en général hésitent longuement avant de remettre en cause leur manière de fonctionner.

 

Quelques définitions choisies

Un combat régional
Le GYB, le gymnase intercantonal broyard. J'ai participé à toutes les commissions parlementaires liées à la mise en place, la plupart en qualité de président, puis à la commission de construction avant de présider, en alternance avec une collègue vaudoise, la commission interparlementaire de contrôle

Un combat ponctuel
2002 La lutte contre le chanvre (très concerné de par mon domicile)

Un engagement permanent
La collaboration intercantonale dans la Broye et entre les parlements cantonaux. J'ai participé à tous les travaux de mise en place de la convention des conventions.

Un bon moment

2007 La défense de la motion pour un nouvel encouragement aux fusions acceptée avec 5 voix d'écart, contre l'avis du Conseil d'Etat.

Une année particulière
2003 La présidence du Grand Conseil

Des moments forts
2008 Le 17avril, la double standing ovation lors de la remise de la présidence du PLRF
2005 Le 30septembre, inauguration du GYB
2003 Le 2 décembre, la reconnaissance de mes collègues à l'occasion de mon discours de clôture de la présidence du Grand Conseil.
2003 Le 7 mai, octroi de la Bourgeoisie d'Honneur de la Commune de Vesin
2001 Le 5 avril, inauguration du tronçon "Yverdon-les-Bains - Estavayer-le-lac ? Payerne de l'A1
1991 Décembre, 1ère élection au Grand Conseil
1982 Avril, désignation en qualité de syndic, à l'âge de 26 ans
1978 Février, 1ère élection au conseil communal de Vesin, à l'âge de 22 ans.

Une victoire d'équipe
2007 La liste no 3 lors des élections fédérales et la première augmentation des suffrages depuis 1978.

Une longueur d'avance

2006 La fusion des partis libéraux et radicaux fribourgeois

Un truc très sympa
L'équipe de football du FC Grand Conseil

Des mauvais souvenirs
2007 Mon résultat personnel lors des élections fédérales
2003 L'échec de la 1ère fusion de la commune de Vesin
1993 La mise en place du concept Valtraloc (giratoires) dans ma commune de Vesin

Calendrier des engagements politiques
1978 Conseiller communal
1982-1996 Syndic
1991-2008 Député
1996-2000 Président du Groupe libéral-radical
2001-2002 2ème et 1ère présidence du Grand-Conseil
2003 Présidence du Grand Conseil
2004-2008 Présidence du PLRF

Vous trouverez un résumé des motions et postulats déposés ces dernières années, sous ce même chapitre.

Vesin, novembre 2008.