ARTICLE DU JOURNAL LE TEMPS DU 10 AVRIL 2008

Article Journal Le Temps du 10 avril 2008

Charly Haenni, le départ de l'éminence grise de la droite fribourgeoise


FRIBOURG. Le président du Parti libéral-radical abandonnera sa fonction le 17 avril. Il va également quitter le Grand Conseil à la fin de l'année.

François Mauron
Jeudi 10 avril 2008

Son départ va laisser le Grand Conseil fribourgeois orphelin. Charly Haenni, le président du Parti libéral-radical (PLR), abandonnera sa fonction à la tête de sa formation le 17 avril. Il sera remplacé par le député gruérien Jean-Pierre Thürler, 53 ans, unique candidat à sa succession. Dans la foulée, il annonce également son départ du parlement cantonal pour la fin de l'année.

Ce Broyard était devenu un personnage incontournable du landerneau politique fribourgeois. Eminence grise du camp bourgeois, stratège hors pair, Charly Haenni a fait jouer à son parti un rôle supérieur à ce qu'il devrait être en regard de sa force électorale (13,8% des suffrages lors des fédérales de 2007).

Un député influent

«C'est quelqu'un que j'ai toujours apprécié. Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais il est ouvert à la discussion. Par ailleurs, il a une solide connaissance des dossiers, et s'efforce de trouver des solutions», témoigne le conseiller national socialiste Jean-François Steiert, qui l'a côtoyé sur les bancs du Grand Conseil.

Le démocrate-chrétien André Ackermann, ancien président du parlement cantonal, ajoute: «Il s'agit de l'un des députés fribourgeois les plus actifs et les plus influents. Il fait en sorte que les dossiers avancent. Avec son dynamisme et son enthousiasme, je l'aurais bien vu au Conseil d'Etat fribourgeois.»

Charly Haenni a certes aussi des détracteurs, notamment du côté des PDC, qui ont pu lui reprocher de trop bien négocier (à son avantage) les modalités de l'alliance électorale nouée entre eux et les radicaux. Redouté pour sa sagacité, il a payé l'addition lors de la dernière élection au Conseil national, où il a réalisé un score en deçà de ses attentes.

Echecs et réussites

«L'envie de gagner était plus forte que la peur de perdre. Mais je savais que le contexte m'était défavorable. Mon résultat m'a déçu. Mais je sais que la vie est faite d'échecs et de réussites», commente-t-il à ce propos.

A 51 ans, le Broyard a envie de nouveaux défis. «Je suis arrivé à un carrefour. Après 16 ans de Grand Conseil, l'habitude s'installe. Or ce n'est pas un élément moteur, bien au contraire. A l'image d'un sportif, je souhaite partir alors que je suis en pleine forme politique.» Et de poursuivre: «Je suis à la recherche de nouveaux besoins d'intériorité.»

Le président du PLR ne pense pas à la spiritualité. Simplement, après avoir oeuvré sans compter pour les collectivités publiques, il va un peu plus s'écouter, prendre le temps de lire. Cela ne l'empêchera toutefois pas d'exercer de nouveaux mandats, comme la présidence des 100 ans de l'Association fribourgeoise de football en 2010.

Domicilié à Vesin (FR), près de Payerne, Charly Haenni, de son propre aveu, a mené sa carrière politique «à l'ancienne». Exécutif communal, syndicature, Grand Conseil (il en assume la présidence en 2003), présidence du parti: il a gravi un à un tous les échelons. «Or, aujourd'hui, les cursus sont plus éclatés, les ascensions peuvent être fulgurantes. J'ai brigué le National pour la première fois en 2007. Mais mon tour était déjà passé.»

Quand on baigne dès l'enfance dans la politique, on ne la quitte toutefois pas comme ça. Responsable d'une agence d'assurances, il promet de poursuivre son engagement «comme militant de base». Même si la chose publique prend, parfois, un tour qu'il regrette: «Au Grand Conseil, le débat s'est métamorphosé depuis mon arrivée. Les décisions se prennent en commissions parlementaires, car la matière est devenue plus vaste. On ne peut plus être des généralistes. Fini les grandes passes d'armes, les envolées verbales.»

Montée en puissance des lobbies

Charly Haenni déplore aussi la montée en puissance des lobbies, en particulier celui des communes, qui réduit souvent le débat aux questions financières. Le politicien s'inquiète en outre de la perte de pouvoir des parlements cantonaux, grandissante en raison des concordats intercantonaux.

Artisan de la fusion des partis radicaux et libéraux fribourgeoise en 2006, il croit en ces valeurs, qui peinent pourtant à convaincre l'électeur de nos jours. Son cri du coeur: «Le libéralisme est une philosophie humaniste éprouvée. Ce n'est pas un dogme. Il faut se le réapproprier et non le réinventer.»